Le maillet et le ciseau.
Note des rédacteurs du blog:
Nous vous proposons à la lecture, cette planche , novatrice et sincère, il s'agit du travail d'un de nos frères apprenti, sa qualité préjuge d'un avenir de qualité, pour lui et aussi, pour la Franc Maçonnerie.
LE MAILLET ET LE CISEAU
***
Kafka dans la "Metamorphose" nous dit :
«
Détruis toi pour te connaître, construis toi pour te surprendre,
l'important n'est pas d’être mais de devenir ».
Cette
phrase m'a toujours plu, bien avant mon entrée en maçonnerie. Et je
lui ai trouvé une nouvelle résonance depuis mon initiation.
Le
maillet en tant qu'outil de transmission de l’énergie créatrice
pourrait y prendre toute sa place.
Et
si le maillet imprime sa force sur la pierre brute il représente la
volonté qui exécute, l'autorité pour accomplir et réaliser.
Accomplir
et façonner sa pierre brute, devenir bâtisseur est une tache de
longue haleine.
Et
ce sont bien des coups répétés, mesurés, inlassablement qui
permettront de façonner notre pierre. Travailler sur sa pierre
brute, participer à la construction du temple c'est un sens donné à
son existence.
Cela
appelle à la persévérance. A la maîtrise aussi.
Et
le symbole est très présent en loge : le maillet du Vénérable
Maître, les maillets des deux surveillants, le maillet posé avec le
ciseau au pied de l'Orient. On pourrait y associer le maillet tracé
sur le tableau de loge.
Le
maillet en tout état de cause produit un choc. Il marque le passage
d'un niveau de conscience à un autre et en cela il illumine car il
ouvre à des perceptions nouvelles.
D'ailleurs
le maillet a souvent été associé à la foudre comme aux mains de
Thor, dieu Nordique qui dissout l'obscurité du ciel pour libérer le
soleil aux yeux des mortels.
Charon,Dieu étrusque, frappait les morts avec cette arme pour leurs
permettre d'accéder à la vie éternelle.
Il
est aussi un symbole de direction qui donne le rythme des travaux en
loge et assure la discipline.
Par
le bruit qu'il émet il appel à la réflexion et au recueillement,
au passage d'un état à un autre.
Ainsi
j'ai retrouvé dans la phrase de Kafka bien des attributs du maillet.
Il
détruit pour me connaître, il permet de donner la force nécessaire
pour polir ma pierre brute. Il surprend par le choc qu'il produit,
par le son qu'il libère et construit par la même ce que je suis en
train de devenir.
La
quête est à recommencer sans cesse.
Mais
dans ce chemin la puissance du maillet ne suffit pas. Associé au
ciseau il se réalise grâce à lui et inversement.
Le
ciseau canalise et met en œuvre l'énergie du maillet.
Cette
phrase de Michel Ange, qui maniait le ciseau avec tant de justesse,
m'est apparue extrêmement bien pensée et adaptée à ma vision des
choses.
Le
ciseau est traditionnellement associé au maillet, il représente la
mesure, l'intelligence.
Il
est aussi le prolongement de l'action à mener.
Le
ciseau vient affiner la pierre, il permet d'y trouver la meilleure
version de soi même. Mais aussi sa place dans la construction du
temple.
Pour
autant là ou Michel Ange voit un ange j'y vois ce que je suis ou
plutôt ce que je pourrais être. Avec la marge d'erreur possible et
certaine. Et sans être un ange.
Le
ciseau va modeler, polir, façonner. Avec justesse et précision.
Bien
sur c'est un idéal et en tant qu'apprenti je n'ai pas la prétention
d'avoir déjà acquis ce degrés de maîtrise.
Car
le ciseau est a même d'affiner notre caractère, a ôter nos a
priori ou préjugés.
Je
prend le temps d'utiliser cet outil symbolique. Il m'oblige en
quelques sorte à la mesure.
Moi
qui suis souvent dans les extrêmes, soit trop effacé soit trop
excessif.
Le
ciseau doit être utilisé avec précision. Mais qui peut affirmer
qu'il maîtrise toujours parfaitement ses actions ? Sûrement
pas moi … Je sais qu'il y aura des ratés car toute expérience se
nourrit aussi d'échecs. Il faudra sans cesse rectifier, reprendre,
affiner.
Probablement
que certains coups ne seront pas totalement rattrapables. J'imagine
alors que des cicatrices resteront visibles sur ma pierre brute.
Chaque
cicatrice reste le témoin d'une erreur passée, un rappel, une
chance de recommencer différemment et de continuer à faire son
chemin.
Celui
qui débute commence par observer puis à essayer.
La
première fois où j'ai tenu un ciseau dans mes mains c'est bien ici en loge.
Dois
je y voir une libération comme le suggère Michel Ange ?
Il
y a un peu de cela sûrement. Le ciseau élimine bien des morceaux de
notre pierre brute, nous allège et nous rend meilleur.
A
moi d'essayer d'en faire bon usage.
« Un
artiste éminent ne conçoit aucun sujet qu'un marbre ne puisse
renfermer dans son sein mais seule y parvient la main qui obéit à
l'intelligence »
poursuit encore Michel Ange.
La
dualité ciseau/maillet s'inscrit dans une complémentarité, une
réciprocité. Mais la responsabilité en revient à celui qui œuvre,
qui manie les outils.
A
la précision du ciseau il faut ajuster la puissance portée par le
maillet. Travailler sans se blesser, avec mesure et discernement,
c'est bien là la grande difficulté.
Observer,
essayer, continuer.
J'ai
pratiqué pendant plusieurs années le sport automobile. Le sport
d'ailleurs en lui même permet de se transcender, s'améliorer. Mais
l'exigence de compétitivité l’éloigne forcement de valeurs plus
universelles.
Et
si je devais me risquer à un parallèle sportif, le maillet
pourrait être comparé à l’accélérateur et le ciseau au volant.
Accélérer
sans ajuster sa trajectoire avec le volant conduit inexorablement
vers le mur. Tout comme tourner le volant sans accélérer induit un
certain immobilisme …
Dans
ma carrière sportive j'ai connu des victoires et des échecs. J'ai
vécu la sensation grisante de maîtriser tous les paramètres afin
d'aller au bout de soi même et de son matériel, d'en obtenir le
meilleur possible. Mais à chaque course il fallait se remettre en
question et essayer de retrouver cette difficile harmonie.
J'ai
aussi vécu des moments douloureux où le coup de maillet était trop
fort, trop tôt. Ou bien l'angle d'attaque du ciseau trop
approximatif. Je suis tombé dans un ravin. Tapé dans des arbres et
rencontré la pierre, la vraie.
Mais
à chaque fois j'ai continué. J'ai appris à être plus mesuré,
parfois plus prudent. Souvent plus précis. J'ai observé. Réfléchi.
Aujourd'hui
dans ma nouvelle vie maçonnique je m'interroge, cherche et me
questionne.
Depuis
que je travaille sur ces outils ma réflexion s'affine, je trouves
des questions, parfois des réponses. Et au final je me rends compte
que le travail du couple maillet/ciseau se fait presque à mon insu.
Je comprend encore mieux pourquoi ils sont si important dans le
parcours d'un franc maçon.
Ces
outils sont en moi, il ne tient qu'à moi de les prendre, de les
manier jour après jour.
Vous m'avez fait un véritable cadeau en m'ouvrant tout à
la fois les portes du temple et vos cœurs. Car en me tournant vers
vous je me tourne aussi vers moi, je prend la mesure de mes failles
et de ce que je peux, et doit, apporter aux autres.
De
ma place, entre obscurité et silence, j'observe. J’écoute.
Le
rituel de nos tenues et vos interventions mes TCF me montrent à
chaque fois ce que peut représenter le travail du maillet et du
ciseau.
Car
je crois que chacun ici, quelque soit son vécu, son parcours, son
ancienneté continue de travailler sa pierre brute avec volonté,
précision et mesure.
Quoi
de mieux pour apprendre que de regarder et d'écouter ?
Je
vous vois, vous entend utiliser maillet et ciseau, chacun avec sa
particularité mais avec des valeurs qui nous unissent.
L'apprentissage
passe aussi à travers le filtre du temps. Tout comme l'artiste qui
façonne son œuvre il faut savoir poser de temps à autre ses
outils, prendre du recul, observer, réfléchir. Puis reprendre le
travail, rectifier, affiner.
Les
événements du quotidien nous obligent parfois à cette mesure dans
l'action.
Ce
qui m'a rendu sûrement meilleur ces dernières années c'est la
naissance de ma fille. Probablement que l'arrivée d'un enfant permet
de s'élever, de voir les choses différemment, de prendre conscience
encore plus que l'on participe à la construction d'un édifice qui
nous dépasse.
Et
ici, comme une nouvelle naissance, j'ai le sentiment de revenir à ce
que je suis vraiment avec cette nécessité d'améliorer encore et
toujours ma pierre brute.
Un
peu à la manière de Michel Ange, toutes proportions gardées, qui a
vu l'ange dans la pierre et qui l'a libéré …
Mais
si l'artiste manie ses outils pour en arriver à un but, une œuvre
accomplie, il en est différent pour le parcours que je commence à
suivre ici et en dehors.
Maillet
et ciseau nous accompagnent dans une direction, vers un objectif
inatteignable de perfection. Mais poursuivre la quête de cette
perfection est notre ouvrage.
Maillet
et ciseau doivent nous aider dans cette recherche de vérité.
Non
je ne serai jamais un ange mais l'image est intéressante tout comme
cette idée de libération.
Nous
traversons tous des moments difficiles et compliqués où nos
valeurs, nos émotions sont mises à rudes épreuves.
Maillet
et ciseau sont là aussi, en nous, prêts à être utilisés pour
supprimer le superflu, revenir à l'essentiel avec force et justesse
tout au long de notre existence.
Et
les outils nécessairement s'améliorent au fil du temps. Ils
s'affinent eux même, deviennent encore plus efficace. Je ne crois
pas qu'ils puissent s'user si l'on sait en faire bon usage.
Maillet
et ciseau nous façonnent tout comme ils nous permettent de trouver
notre place.
Travailler
sur ces symboles m'a beaucoup plu. Ils sont porteurs d'espoir,
d'avenir, de remise en question, de mouvement. D'humilité aussi.
Paul Valery dans son livre " Architecte" se confie en disant :
« Peut
être qu'a force de bâtir je me suis construit moi même ».
J'espère
un jour avoir aussi les qualités nécessaires pour savoir
transmettre maillet et ciseau, apporter cette lumière, cet espoir de
devenir meilleur, libre et par la même heureux d’être, d'avoir
été et de devenir.
Cette
transmission s'effectuant avant tout par un bon usage des outils, par
sa modestie à ne jamais croire d’être parvenu à une parfaite
maîtrise. Car je souhaite améliorer ma pierre brute, en tenant
fermement le maillet d'une main, et de l'autre en pointant le ciseau
avec justesse.
Kipling " le testament de l'Initié" termine en disant
« […]
rien ne sera perdu de ce qui fut donné. Je resterai toujours parmi
vous car je vous laisserai le meilleur de moi même. O fils de la
lumière mes frères ».
Voilà
ce qui est important, et qui restera, en tenant maillet et ciseau :
Faire de son mieux.
AUTEUR/ANTHONY/1518/GLDF


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