De l'acclamation " Liberté Egalité Fraternité "



Nous publions une  planche magnifique, Essentielle à la compréhension d'un des éléments fondamental du REAA, le rédacteur exprime ici son questionnement encore en exergue, malgré une longue et grande expérience de Franc-Maçon, il nous dit:

En effet, je pense qu’il ne peut y avoir de Liberté, d’Egalité et de Fraternité sans amour. Car si en nous, la Liberté, l’Egalité et la Fraternité ne sont pas reliées par ce sentiment, nous ne pourrons jamais nous réaliser pleinement, vivre un réel épanouissement et nous mettre alors réellement à la place de l’autre avec lequel nous aspirions à des relations fondées non seulement sur le respect et la bienveillance, mais plus encore sur l’amour et l’amitié, sentiments qui éclosent au plus intime de notre être.


Il semblerait que cette acclamation, cette devise, ait été utilisée par la Franc Maçonnerie dès 1789, comme le confirme un extrait du Grand Livre d’Architecture du 9 février 1789 au 5 juin 1798, extrait, de la T. : R. : Grande Loge de France, qui m’a été envoyé par notre V. : M. :, qui m’a dit à cette occasion, en termes moins choisis, que ceux qui penseraient le contraire se fasse une raison… ! Elle apparaît enfin sous la Révolution Française en 1793. Mais il semblerait que ce ne soit qu’en 1848, qu’elle deviendra d’une façon normalisée, semble-t-il, celle d’une grande partie de la Franc-Maçonnerie française.
Mais je ne veux pas m’étendre et peut–être m’égarer dans des considérations historiques, de plus, notre V. : M. :, étant plus savant en la matière, pourra sans doute, tout à l’heure, nous donner quelques précisions à ce sujet. Je me suis donc surtout attaché à l’aspect initiatique de notre belle acclamation maçonnique. Car il ne faudrait pas l’oublier, nous sommes ici réunis dans une Loge symbolique et à ce titre, nos réflexions doivent porter en priorité, sur le sens de notre Vie et de notre présence dans ce Monde si perturbé et surtout trouver quelques “étincelles de sens“, nous permettant peut-être d’arriver à combattre l’indifférence, l’égoïsme et nos trois mauvais compagnons : l’ignorance, le fanatisme et la superstition… Ceci afin qu’avec un peu d’utopie, nous puissions espérer qu’avec la Compréhension des choses et des êtres, nous puissions faire, qu’un jour, la Paix règne enfin sur la Terre… Et encore une fois, mais n’y voyez aucune envie d’un quelconque avancement, je dois encore remercier notre V. : M. : Jean-Luc, d’avoir pensé à ce sujet. Car, bien que lui trouvant toutes les qualités humaines qu’elle exprime, combien de fois l’ai-je ânonnée, sans toutefois en ressentir toute la valeur évocatrice  de notre idéal maçonnique ? Après cette première interrogation, je vais maintenant entrer dans le vif du sujet.
Pour en parler la difficulté a été pour moi, de parler à la fois de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, liées toutes trois dans cette acclamation. Mais encore fallait-il trouver ce lien. J’ai donc recherché ce lien reliant symboliquement ces trois qualités dans notre belle acclamation, car bien évidemment, j’écarte de ma pensée la façon automatique que nous risquons d’adopter invariablement lorsque nous lançons cette acclamation sans vraiment y réfléchir, un peu comme des militaires bien embrigadés, comme je l’ai dit un peu plus haut. 
 En premier, ce qui m’est apparu, c’est un lien impliquant pour chacune de ces qualités, une notion de responsabilité. Oui mes Frères, de la responsabilité du Franc-Maçon, Homme avant tout. Saint Exupéry disait d’ailleurs à ce sujet : « Être Homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le Monde. »
 Poser sa pierre pour contribuer à bâtir le Monde. N’est-ce pas ce que nous suggère l’initiation ? Pour cela, la Franc-Maçonnerie nous recommande d’être avant tout, responsable de notre vie, car la Vie demande un engagement. En effet, en prenant réellement conscience de cette responsabilité, nous mesurons l’importance de nos pensées, de nos paroles et de nos actions. Elle nous demande encore de ne pas vivre dans l’inconscience, mais de rester éveillés, en alerte. Oui en alerte, ce qui m’amène à penser que notre belle acclamation est comme une mobilisation à la vigilance. Ainsi notre acclamation, me fait penser au célèbre portique, la “Stoa Poikile“ qui servait de point de repaire aux stoïciens et sous lequel Zénon, le père du stoïcisme délivrait ses enseignements. Cette école s’appelait simplement “Ecole de la Sagesse“. C’est donc cette Sagesse que semble nous recommander notre devise. La première vertu donc, de notre acclamation, la Liberté, nous rappelle ainsi que l’Homme a été créé libre et que la Vie qui le génère, l’Energie qui le détermine, sont un seul et unique cristal dont les mille et un reflets ont pour foyer notre conscience. Et en maçonnerie, ne dit-on pas d’ailleurs, que nous sommes : “ nés libres et de bonnes mœurs… ? L’Homme est créé libre. En vérité, voilà une belle affirmation. Mais en naissant nous sommes libres de quoi ? Il me faut donc préciser ici, ce que personnellement j’entends par là. Je pense que nous avons été créé libres, mais libres seulement avec les possibilités de le devenir… A ce sujet, Le Bouddha et Socrate disait qu’on devenait libres, en sortant de l’ignorance, en apprenant à discerner le vrai du faux, le bien du mal, le juste de l’injuste enfin en apprenant à se connaître, à se maîtriser, à agir avec sagesse et compassion, toutes choses que l’on peut retrouver dans notre démarche maçonnique, lorsqu’elle est pratiquée de façon authentique.
 Car elle est un rappel sur l’importance primordiale, bien sûr, de la connaissance de soi, comme possibilité d’accéder à la vérité et au bonheur. Démarche incontournable, dans la mesure bien évidemment, où elle est la vraie garante de notre Liberté intérieure, de notre Egalité, inspirée par l’idée de Justice et de notre Fraternité qui doit être libre et volontaire. Ainsi, dans le premier mot Liberté, plus ou moins consciemment, en tant que Francs Maçons, nous fait penser à “libération“. Ainsi l’une, la Liberté, nous fait penser à une éthique universelle, que nous ne cessons de revendiquer pour tous et qui est le fait de pouvoir agir sans contrainte. L’autre, la Libération, est celle qui devrait nous libérer de tous nos aprioris de toutes nos certitudes, de tous nos faux semblants, de nos pours et de nos contres, et enfin de notre ego, qui n’est jamais satisfait de ce qu’il a et qui n’est, en fait, que le résultat de notre vieille mémoire qui veut persister… Car mes FF. :, qui parmi nous, ce matin, en toute honnêteté peut-il dire qu’il a réussi à gagner entièrement sa liberté intérieure ? Pourtant cette Libération pourrait alors nous amener, à notre insu, plutôt vers une délivrance spirituelle, par la connaissance de ce que nous sommes réellement, en un éveil progressif vers la Connaissance. Dans notre acclamation la Liberté est donc reliée à la fois à la notion intérieure de penser et à la fois à la notion, et ce n’est pas la moindre, d’agir à l’extérieur… Notre acclamation nous suggère qu’il ne s’agit pas d’un concept plus ou moins vague, issu d’une spéculation intellectuelle, mais du vécu d’une expérience vivante qui doit s’exprimer dans la totalité de notre être et que chacun de nous a la possibilité et la nécessité de vivre. Elle nous dit encore soyez vigilants et la Vie s’éclairera, le voile trompeur des apparences s’estompera. C’est alors en toute liberté que nous pourrons retrouver le sens du Naturel, jusque là masqué par le superficiel du Monde des Formes qui attire malheureusement l’attention de l’humanité. C’est encore la Liberté de pensée qui nous libérera de nos espérances en l’avenir, car nous comprendrons alors que l’Action et la pensée doivent se faire simultanées, afin de former un tout homogène, indissociable.
 En effet, lorsque se produit un décalage entre la pensée et l’action, la pensée nous emprisonne à sa mémoire, à l’accumulation des impressions et sensations, figeant dans son élan tout changement créatif. Alors soyons vigilants mes FF. :, gardons notre Liberté, elle nous aidera à mettre en pratique une perception lucide et infiniment active, qui nous permettra d’approcher et de vivre en nous l’essentiel, afin d’abandonner le jeu de nos identifications superficielles. Ainsi, paradoxalement, en maçonnerie, pour avancer sur les chemins de la Connaissance, il faut commencer par désapprendre…
Ainsi en commençant à nous éveiller, nous nous rendrons compte que nous avons été créé libres, mais que nous nous sommes fait aussi, l’esclave de nos propres créations mentales et prisonniers des multiples conditionnements dont nous sommes nous-mêmes les instigateurs. Car nous n’agissons pratiquement jamais selon notre volonté propre et sommes toujours le produit des autres, le résultat des innombrables influences qui s’animent en nous et ont besoin de nos identifications psychiques afin de durer et de conserver leurs propriétés aliénatrices. Ce qui nous amène, le plus souvent mes FF. :, à réagir plutôt qu’agir réellement et nous revenons constamment sur ce que nous vivons, parce que nous ne vivons pas les choses librement, complètement, lucidement. Pourtant, au tréfonds de notre être, je pense que se vit une réalité toute autre, dépouillée de toute représentation et imagerie. Il me semble qu’il s’agirait donc plutôt de déplacer le centre de nos intérêts personnels et de briser la continuité du Moi, afin que le flot constant de nos pensées, perde de sa consistance et de ses capacités manipulatrices…
Ainsi comme semble nous le rappeler notre acclamation, nous devons avoir une vigilance continuelle, une attention de tous les instants, pour réussir ce “déplacement“ intérieur, cette primordiale mutation de la Conscience, dont la vigueur du mouvement pourra peut-être, nous libérer du gigantesque poids du passé. Car la Vie peut et doit nous livrer son message surprenant. Car la Vie, encore une fois, est liberté totale, inconditionnelle et notre marge de libre arbitre, ne peut qu’être proportionnelle à notre capacité de détachement à l’égard de la matière de surface, transitoire et changeante. On pourra alors modestement, comme ce sage indien (Swami Prajnanpad) comprendre, que la Libération vient le jour où l’on peut dire : « J’ai fait ce que j’avais à faire, j’ai reçu ce que j’avais à recevoir, j’ai donné ce que j’avais à donner. »
Après ce rappel et cette première prise de conscience, donné par la Liberté, notre acclamation nous demande de continuer notre accomplissement et notre harmonie avec nous-mêmes et avec le Monde en nous attachant à la notion d’Egalité. Parlant avec un Frère, du sujet de mon travail de ce jour, il me rappelait que Jean-Jacques ROUSSEAU avait fait un discours sur “l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes“. Je vous rassure mes Frères, je ne vais pas vous faire subir un cours de philosophie sur le sujet. Je citerais simplement Bruno GIULIANI. Il disait : « la raison exige de constater que tous les hommes sont inégaux, qu’ils sont ontologiquement, socialement, biologiquement et psychologiquement uniques et différents. »
En résumé c’est bien ce que je pense… En revanche, je disais plus haut que l’Egalité devait être inspirée par l’idée de Justice. Mais notre vigilante acclamation semble vouloir nous rappeler que l’injustice règne dans le Monde. Elle semble nous faire constater et l’Histoire le prouve, que ni les gouvernements, ni les religions, ni les doctrines, ne peuvent résoudre l’injustice qui se développe dans nos civilisations - bien au contraire - et pourtant nous continuons, le plus souvent, à attendre d’eux une hypothétique solution. Elle nous fait comprendre alors que trop souvent nous créons ce que nous sommes et l’injustice du Monde n’est que le triste reflet de notre misère intérieure… Nietzsche disait : «Le Mal règne en maître sur le Monde, la Vie est donc diabolique“, mais il ajoutait aussitôt “ mais rien n’empêche la musique de la magnifier…“
De même, nous pouvons constater que l’injustice règne en maître sur le Monde. Il nous appartient donc d’essayer aussi de magnifier la Vie, par un hymne à la Justice, afin que l’Équité s’installe et qu’un chant d’Harmonie règne dans le Monde. Et rappelez-vous mes Frères ce que disait Victor Hugo dans son “Quatre vingt treize“ : Qu’y a-t-il donc au-dessus de la Justice ? – L’Equité !
Car l’Equité me semble être la Justice dans l’absolu. N’est-ce pas cette Egalité-Equité qui peut donner le sens d’une liberté de conscience égale pour tous, donc de tolérance. Tolérance nécessaire au Franc-Maçon et en fait, à tout homme, à l’exercice de l’altruisme. Car comme le disait l’abbé Pierre : « On ne peut être heureux sans les autres.. » Pour cela bien des outils symboliques ont été mis à notre disposition depuis le notre initiation. Ceci afin de cultiver, non seulement un état d’esprit égal à l’égard de tous, en une attitude juste et exempte de présupposés, mais aussi une spiritualité universelle, “sagesse essentielle“, gage d’équité, conduisant à essayer enfin d’établir l’Harmonie dans le Monde. Et comme pour la Liberté, afin que la Justice puisse être accomplie en toute sérénité, nous devrons toujours éviter de réagir.
En effet, en toute occasion, afin que la Justice puisse être rendu en toute équité, c’est l’agir qui doit nous guider. Cela consiste d’abord à agir sur la totalité de notre être, jusqu’à réaliser une jonction qui fait que le travail intensif sur l’intérieur déborde et gagne sur l’extérieur, amenant avec elle un changement – progressif ou brutal – mais cependant, inévitable des conditions courantes de notre existence et par extension, de celle des autres.
Pour poursuivre dans cette voie, nous pouvons aller plus loin que l’Équité et atteindre l’Équanimité. Ce dernier aspect de l’Égalité, vient du latin et veut dire littéralement : “égalité d’âme“. Il me semble que l’Équanimité, cette attitude harmonieuse, est sans doute ce qui nous permet le mieux de cultiver un état d’esprit égal à l’égard de tous.
Ainsi notre acclamation nous conduit tout naturellement à la Fraternité. La Fraternité est avant tout relation, ouverture du cœur et surtout une “attitude intérieure“, qui nous amène à appliquer “le principe de morale sublime connu de toutes les nations“ : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qui te fut fait à toi-même. » Et nous amenant à appliquer ce que j’appellerais “ la Règle d’or“ : « Fais aux autres tout le bien que tu voudrais qu’ils te fissent à toi-même.» Et nous devons toujours nous rappeler mes Frères, “qu’il n’y a de vrai bonheur, que celui qu’on donne aux autres…“ Toutefois bien qu’indispensable à notre démarche, cette règle n’est pas suffisante pour nous rendre pleinement heureux et surtout humain.
C’est là qu’entre en jeu, une nouvelle dimension dans notre belle acclamation. Un nouveau lien que j’ai toujours un peu de scrupule à prononcer, tant il est par ailleurs galvaudé ou employé à la légère. Je veux parler de l’Amour. En effet, je pense qu’il ne peut y avoir de Liberté, d’Egalité et de Fraternité sans amour. Car si en nous, la Liberté, l’Egalité et la Fraternité ne sont pas reliées par ce sentiment, nous ne pourrons jamais nous réaliser pleinement, vivre un réel épanouissement et nous mettre alors réellement à la place de l’autre avec lequel nous aspirions à des relations fondées non seulement sur le respect et la bienveillance, mais plus encore sur l’amour et l’amitié, sentiments qui éclosent au plus intime de notre être.
En conclusion, j’espère que dans l’angoisse du Monde, malgré l’inquiétude qui règne autour de nous, surtout en ce moment, nous pourrons tout de même en restant vigilants, comme semble nous le rappeler notre acclamation et en appliquant autant que faire se peut, sa règle d’or, redevenir comme pacifiés. Parce qu’une foi vivante, qui est symphonie intérieure pourra alors nous habiter. Je parle d’une foi en l’intelligence finalement triomphante, en l’intelligence que les passions grossières des Hommes ne parviendront pas à annihiler pour toujours. Une foi qui nous fera aimer la Vie, car elle mérite d’être vécue. Enfin, rappelons nous cette pensée de François d’Assise qui a dit, je cite : « Fais que je ne cherche pas tant à être consolé que de consoler, d’être compris que de comprendre, d’être aimé que d’aimer. Parce que c’est en donnant que l’on reçoit. Et c’est en s’oubliant soi-même qu’on se trouve soi-même… » C’est ce que je nous souhaite aujourd’hui à nous tous mes Frères et vous remercie de votre bienveillante attention. 
                               
                     
                                                       
                              

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Pascal Paoli Humaniste et Franc Maçon.