LA CONSTRUCTION DU TEMPLE




C’est le genre de sujet que j’abhorre tant il est évident qu’on ne peut le traiter, que d’une manière compilatrice, les mêmes poncifs reviennent notamment sur notre filiation, voire l’héritage qui nous est fait avec le mythe de la construction du Temple de Salomon.

Que vais-je donc faire dans cette galère ? Comment m’en sortir ? Prenons pour postulat mes attributions béotiennes et cherchons, à quoi sert t’il, ce Temple ? Pourquoi l’avoir édifier, et ou et comment ?

Un édifice pour incarner l’absolu et le mystère
Cinq siècles après Salomon, le prophète Ezéchiel nous décrit sa vision du temple. Nous lui devons la description d’un édifice qui fera fantasmer un nombre considérable de lecteurs dès la parution du Livre des Rois et du Livre des Chroniques.

ROBERT EDMOND LAVERRIÈRE (Revue maçonnique suisse: avril 2004)

Longtemps, le temple ne fut désigné que comme la tente d’assignation ou tabernacle. C’est dans cette simple structure de poutres de bois et de tentures de peaux de chèvre que Dieu faisait connaître sa gloire a son peuple.
La tente d'assignation était véritablement un lieu de rendez-vous, ou Israël, rencontrait le divin, et une nation entière pouvait vivre dans l’unité d’un dieu résidant en son sein.

D’après les textes bibliques la maison de Yavé est une tente, dans laquelle était déposée l’arche d’alliance. On trouve les indications sur la tente du désert, la tente de Qiryat Yearim, la tente de la cité de David et enfin le Temple de Salomon (1 RS 8. 6-11). En nous référant à la Bible nous pouvons relever les faits suivants: élevé vers l’an 900 avant notre ère, sur la montagne sainte de Moriah, le temple est situé sur une colline haute de 800m entre les vallées du Kidron et du Tyropeon. L’endroit choisi est situé sur l’emplacement mythique et chargé de symboles où Abraham eut une vision et fut «invité» à sacrifier son fils Isaac (Genèse XXII, 2).
Nous retrouvons là le symbolisme de la montagne, cette colline sera donc architecturée par des fondations en pierre, sorte d’acropole appelée «Sion», vocable d’origine cananéenne qui signifiera le centre, avec le symbolisme cosmique qui s’y rattache

Le temple devient ainsi pour le juif religieux, la demeure des forces supérieures à l’homme, des forces divines, qui vont consacrer ce lieu dans sa vocation d’échanges privilégiés entre Dieu et les hommes. Il permet une matérialisation de l’Invisible. Il délimite un espace Sacré.

Le temple est né. Non seulement il abrite l'homme qui peut s'y recueillir en dehors des intempéries, mais il devient la demeure de Dieu qu'on y enferme, et que l'on vient supplier. Pour mieux honorer ce Divin personnage, on lui consacre ce qui est le plus beau, le plus noble, et cet édifice construit avec amour doit aussi défier le temps. Les hommes veulent laisser un témoignage durable de leur court passage sur la terre.

Mais ce temple doit représenter aussi le « Cosmos », un mot inventé par Pythagore ; aussi sera-t-il créé et ordonné harmonieusement. Il y aura un accord entre l'Univers, le Temple et le corps humain. C’est à ce sujet une ambiguïté que je me permet de relever, la référence au génie Grec, au cosmos induit l’acceptation de la raison, bizarre quant en parle de Dieu non ? Il s’agit de construire un espace Sacré !

Alors faisons référence à l’auteur essentiel à la notion de l’espace sacré : Mircea Eliade, que dit t’il ? : Ecoutons sa définition de l’espace sacré :

« Pour l’homme religieux, l’espace n’est pas homogène. Il y a un espace sacré, et par conséquent « fort », significatif, et il y a d’autres espaces, non consacrés et par là sans structure ni consistance, amorphes. La cosmogonie est l’exemplaire type de toutes les constructions.
La valorisation religieuse du monde lui donne un point fixe, un centre, et donc une orientation, ce qui revient à le créer à partir d’une immensité chaotique, schéma qu’on retrouve dans de nombreuses cosmogonies.
Le Monde se laisse saisir en tant que monde, en tant que Cosmos, dans la mesure où il se révèle comme espace sacré. Dans ce monde sacré, l’homme religieux cherche continuellement à être au plus proche des dieux, au Centre du Monde. »
Selon Eliade le Sacré se montre, spatialement par la construction, en tant qu’un centre du monde, et chaque célébration temporelle de ce centre renvoie aux temps mythiques, in allo tempore, quand tout était uni au Divin. Eliade étudie ce “désir du centre” chez les “peuples traditionnels”. Or notre Civilisation en est pleine d’exemples encore plus clairs que ceux chez les “traditionnels”: Dieu et César, Passé et Futur, l’Éternel et le Mortel, les jours de travail et les jours de vacances et de congé, etc. Dans ce respect nous, post-post-modernes, sommes tous traditionnels et notre vie est encore rythmée par l’alternance du Sacré et du Profane.

« Et ils me construiront un sanctuaire pour que je réside au milieu d’eux (exode 25. 8) »



Revenons au sujet  « la construction de Temple », je crois avoir compris que notre Vénérable, souhaitait un traitement plutôt opératif de la planche, difficile…difficile….

Que dire qui n’a été dit et écrit, j’aborderai ce thème sur sa face de la fonctionnalité de l’espace construit, si je me réfère aux recherches sur l’architecture de ce Temple, il aurait été tracé sur la base d’un double carré, et les référence pythagoriciennes ( Pythagore 580-495 av JC ) font légion, sans preuves, Pythagore étant né bien après ,mais cela nous rassure et nous fait plaisir ! Tracés ordonnancés sur la base du nombre d’or, filiation compagnonniques etc.…Sacralisation des outils etc…légende d’Hiram…

Tout est dit dans la Bible et rien n’est encore prouvé, les plans et élévations commises sont interprétatives a partir des écrits Bibliques, et répondent généralement à l’attente symbolique, mythique et, mythologique des auteurs reférants, notamment maçonniques, pour résumé il s’agit d’établir une filiation opérative sur un rêve, voire une légende archaïque qui se veut fondatrice pour nous, les Francs Maçons. Comme le dirait Eliade il
(le Temple de Salomon) est notre centralité intellectuelle et spirituelle.

Revenons à la fonctionnalité et à la raison, il est écrit que le TDS était orienté d’Est vers l’Ouest soit à l’inverse du notre et de la plupart des lieux sacrés Occidentaux tels, que Cathédrales Basiliques etc.... Notre déambulation dextrorsum au rite Ecossais n’est pas possible, pour cet espace car il s’agissait de réaliser, le cheminement sacré et sacrificateur, vers un absolu créateur, qui ne serait se référer à un retour ou un cycle, tout ce qui est donné à Dieu ne peut être repris  tout ce que demande Dieu doit être exécuté l!! Ce qui justifierait aussi, l’abandon de la tente d’assignation, espace circulaire qui imprime aux rites de retour en retour, de pérégrinations en pérégrinations sa fonction nomadique, avec le Temple de Salomon, le peuple élu devient sédentaire et sa religion véhicule alors l’historicité ethnocentrique des écritures, Le Temple devient le centre du monde.

Un peu de Guénonisme, avant le suicide collectif ( humour !)

« ….si nous considérons par exemple la tradition hébraïque, nous voyons qu’il est parlé, dans le Sepher Ietsirah( livre de la création), du « saint Palais » ou « Palais intérieur », qui est le véritable « Centre du Monde » au sens cosmogonique de ce terme ; et nous voyons aussi que ce « saint Palais » a son image dans le monde humain par la résidence en un certain lieu de la Shekinah, qui est la « présence réelle » de la Divinité ). Pour le peuple d’Israël, cette résidence de la Shekinah était le Tabernacle (Mishkan), qui, pour cette raison, était considéré par lui comme le « Cœur du Monde » parce qu’il était effectivement le centre spirituel de sa propre tradition. Ce centre, d’ailleurs, ne fut pas tout d’abord un lieu fixe ; quand il s’agit d’un peuple nomade, comme c’était le cas son centre spirituel doit se déplacer avec lui, tout en demeurant cependant toujours le même au cours de ce déplacement. « La résidence de la Shekinah, dit M. Vulliaud, n’eut de fixité que le jour où le Temple fut construit, pour lequel David avait préparé l’or, l’argent, et tout ce qui était nécessaire à Salomon pour parachever l’ouvrage). Le Tabernacle de la Sainteté de Jehovah, la résidence de la Shekinah, est le Saint des Saints qui est le cœur du Temple, qui est lui-même le centre de Sion (Jérusalem), comme la sainte Sion est le centre de la Terre d’Israël, comme la Terre d’Israël est le centre du monde ). On peut remarquer qu’il y a ici une série d’extensions donnée graduellement à l’idée du centre dans les applications qui en sont faites successivement, de sorte que l’appellation de « Centre du Monde » ou de « Cœur du Monde » est finalement étendue à la Terre d’Israël tout entière, en tant que celle-ci est considérée comme la « Terre sainte » ;René Guénon…

Je comprends donc que l’espace mythique du TDS est abouti et fini, au contraire du notre qui est en devenir…Tant mieux qu’il en soit ainsi, sinon toute démarche Initiatique ne pourrait se réaliser. Résistons et gardons nos pérégrinations.

Les cycles se faisant déambulations, notre espace n’est jamais terminé…Tourne, tourne mon cher Maître des cérémonies jusqu'à la fin des Temps, sauve nous du jusqu’au-boutisme religieux et politique. Lisons Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss

En plaçant hors du temps et de l'espace le modèle dont nous nous inspirons, nous courons certainement un risque, qui est de sous-évaluer la réalité du progrès. Notre position revient à dire que les hommes ont toujours et partout entrepris la même tâche en s'assignant le même objet, et qu'au cours de leur devenir les moyens seuls ont différé. J'avoue que cette attitude ne m'inquiète pas; elle semble la mieux conforme aux faits, tels que nous les révèlent l'histoire et l'ethnographie; et surtout elle me paraît plus féconde. Les zélateurs du progrès s'exposent à méconnaître, par le peu de cas qu'ils en font, les immenses richesses accumulées par l'humanité de part et d'autre de l'étroit sillon sur lequel ils gardent les yeux fixés; en sous-estimant l'importance d'efforts passés, ils déprécient tous ceux qu'il nous reste à accomplir. Si les hommes ne se sont jamais attaqués qu'à une besogne, qui est de faire une société vivable, les forces qui ont animé nos lointains ancêtres sont aussi présentes en nous. Rien n'est joué; nous pouvons tout reprendre. Ce qui fut fait et manqué peut être refait : « L'âge d'or qu'une aveugle superstition avait placé derrière [ou devant] nous, est en nous ….. »
Bien sûr, on aimerait bien que ce soit vrai, que le modeste rocher que vénère le croyant à l'intérieur du Dôme de la Roche là où Dieu aurait parlé successivement à Abraham, puis à David, puis à Salomon, et sur l'emplacement duquel les Juifs auraient construit leur premier, deuxième et troisième temple.
Les réponses des historiens, archéologues, et de la raison sont malheureusement imprécises et non définitives, alors toutes les espérances messianiques filiatives ou miraculeuses qui s'attachent à ce lieu saint doivent être revues à la lumière de la raison et ne comprendre qu’il s’agit de l’existence indispensable à nos mythes, sans lesquels nous ne pouvons pas vivre. Détournons nous de la pure construction opérative, dangereuse, égoïste, hégémonique…Baissons les outils, durs, tranchants, meurtriers…
Pour conclure, enfin, et je vais vous décevoir , il n’y a pas en l’état de nos connaissances scientifiques, d’architecture du Temple de Salomon , il nous manque les traces, les tracés, les éléments constructifs objectifs pouvant nous aider à dessiner les élévations, on ne peut qu’être interprétatif, alors, laissons derrière nous les rêves opératifs pythagoriciens pour ce Temple, mais appliquons les à notre démarche Initiatiques, construisons ontologiquement notre Temple intérieur, là est l’essentiel, voire l’essence de ce que nous sommes, des opératifs de l’âme.







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