Le Discours du Chevalier de Ramsay (1736)Le promoteur de L'Écossisme est de nos jours considéré comme une grande figure de la franc-maçonnerie spéculative. ( Emmanuel Leroy Ladurie)



Plus précisément sur le discours de 1736. il faut retenir.
Qu’il comporte deux parties bien distinctes ; la première traite « des qualités requises pour devenir Franc-maçon et des buts que se propose l’Ordre », tandis que la seconde conte « l’origine et l’histoire de l’Ordre ».
L’ensemble du discours est divisé en 9 paragraphes, malgré une syntaxe 

Quand à la deuxième partie, Ramsay nous propose une historiographie structurée par des données généalogiques ; il introduit dans la démarche Initiatique l’élément indispensable à la re-création des rites, soit une mythologie fervente et généreuse de ses mythes, créant la genèse des légendes Traditionnelles, il fait de la loge le réceptacle de situations dramatiques, dans un jeux de rôles sacré.
Ne nous trompons pas, le chevalier distance les origines ouvrières et opératives de l’Ordre, il met un boisseau sur l’Art Royal ; et oriente l’Ordre vers une recherche symbolique et spirituelle. Et humaniste. Le chemin qu’il définit et celui d’une société en devenir et transformatrice de la condition humaine.

Le Discours du Chevalier de Ramsay (1736)


Initié à la « Horn Lodge » de Londres en mars 1730, le Chevalier de Ramsay fut l’orateur attitré de la Loge « Le Louis d’Argent », à l’Orient de Paris. Le texte qui suit, connu sous le nom de« Discours de Ramsay » est un discours de bienvenue destiné à accueillir de nouveaux initiés. Il eut une influence considérable sur la Franc-Maçonnerie française du XVIII me Siècle. Il fut publié à plusieurs reprises et fut soumis par son auteur au cardinal de Fleury, ministre de Louis XV, le 20 mars 1737. Sa valeur historique réside dans le fait qu’il est très caractéristique de la Franc-maçonnerie du siècle des Lumières, et qu’il préfigure, par sa volonté de rattacher l’histoire de la Franc-maçonnerie à celle que l’origine biblique. Il s’agit d’une origine « mythique » et non pas d’un fait historique.
Il convient pour comprendre la suite, que je vous lise un texte de E.Leroy Ladurie :
Le chevalier en question avait de qui tenir, puisqu’il fonctionnait en une superbe époque (première moitié du XVIIIe siècle) au cours de laquelle, grâce à Voltaire et à l’abbé Dubois, quelques créateurs de première force, fussent-ils décédés comme Shakespeare ou Newton, s’imposaient de façon définitive à Paris puis dans d’autres grandes villes d’Europe occidentale. Ramsay lui-même s’était formé « chez nous », loin de son pays natal ; il avait vécu, en effet, dans l’entourage de cet archevêque libéral qu’était Fénelon, qui fut l’un des plus grands esprits de la fin du règne louis-quatorzien. Fénelon, inventeur du pacifisme, et puis d’un premier socialisme utopique, et de nouveaux principes d’éducation juvénile ! Les ambitions du chevalier Ramsay étaient, si l’on peut dire, à la fois plus vastes et plus modestes que celles de l’illustre prélat. Il ne créait pas d’idéologie nouvelle, lui, mais il proposait un réseau de néosociabilité, la franc-maçonnerie qui, de toute façon, se voulait fort peu militante en comparaison de ce qu’elle deviendra in situ aux XIXe et XXe siècles.

Le premier a apporter la richesse chevaleresque et Templiere en complément de l’art royal, fut le Chevalier André-Michel Ramsay. Ce dernier fut qualifié de« Universae religionis vindex et martyr » soit « Défenseur et martyr de la religion universelle ». Nous pouvons affirmer que dans ses deux discours de 1736 et 1737, le chevalier Ramsay tente d'établir un universalisme qui s'applique à l'homme dans sa plus large généralité mais aussi au plan politique, au point qu'on qualifiat son point de vue de cosmopolitisme.
Témoin et acteur du génie français, cinquante ans après l’implantation des premières loges en France, cet homme aux multiples facettes, a su poser la pierre d’angle du système français
qui, loin de renier son grand frère anglais, va apporter une source mythique nouvelle à la franc-maçonnerie continentale.
Le promoteur de L'Écossisme est de nos jours considéré comme une grande figure de la franc-maçonnerie spéculative.
( Emmanuel Leroy Ladurie)

Le Discours de Ramsay
Il comporte deux parties bien distinctes ; la première traite « des qualités requises pour devenir Franc-maçon et des buts que se propose l’Ordre », tandis que la seconde conte « l’origine et l’histoire de l’Ordre ».
L’ensemble du discours est divisé en 9 paragraphes, malgré une syntaxe ancienne la structure du texte, est d’une modernité impressionnante, mais néanmoins romantique et éclairée. C’est à ne pas en douter un discours qui fédère, la première partie jouxte son époque, elle complète les constitutions d’Anderson par la volonté de créer une sociabilité, particulière à l’Ordre. Il veut donner du sens et du lien à ces réunions areopagées, raffinées et élitistes qui existaient alors sans but vraiment généreux. A la lecture des textes anciens nous observons qu’i s’agissait plus de nombrilisme de classe, on se réunissait et on était heureux de se retrouver pour de bonnes agapes.
Quand à la deuxième partie, Ramsay nous propose une historiographie structurée par des données généalogiques ; il introduit dans la démarche Initiatique l’élément indispensable à la re-création des rites, soit une mythologie fervente et généreuse de ses mythes, créant la genèse des légendes Traditionnelles, il fait de la loge le réceptacle de situations dramatiques, dans un jeux de rôles sacré.
Ne nous trompons pas, le chevalier distance les origines ouvrières et opératives de l’Ordre, il met un boisseau sur l’Art Royal ; et oriente l’Ordre vers une recherche symbolique et spirituelle. Et humaniste. Le chemin qu’il définit et celui d’une société en devenir et transformatrice de la condition humaine.

PREMIÈRE PARTIE : DES QUALITÉS REQUISES POUR DEVENIR FRANC-MAÇON ET DES BUTS QUE SE PROPOSE L’ORDRE.

Elle est divisée en 4 paragraphes qui sont :

1. LA PHILANTHROPIE, OU AMOUR DE L’HUMANITÉ EN GÉNÉRAL.
2. LA SAINE MORALE.
3. LE SECRET.
4. LE GOÛT DES SCIENCES ET DES ARTS LIBÉRAUX.

Pour débuter son propos, il harangue l’auditoire, il dit :
La noble ardeur que vous montrez, Messieurs, pour entrer dans le très ancien et très illustre ordre des Francs-Maçons, est une preuve certaine que vous possédez déjà toutes les qualités requises pour en devenir les membres. Ces qualités sont la Philanthropie sage, la morale pure, le secret inviolable et le goût des beaux arts.

Revenons au discours,

1. LA PHILANTHROPIE, OU AMOUR DE L’HUMANITÉ EN GÉNÉRAL.

Je cite :

LA PHILANTHROPIE, OU AMOUR DE L’HUMANITÉ EN GÉNÉRAL. Lycurge, Solon, Numa,
et tous les autres Législateurs politiques n’ont pu rendre leurs établissements durables ; quelles que sages qu’aillent été leurs lois, elles n’ont pu s’étendre dans tous les pays ni convenir au goût, au génie, aux intérêts de toutes les Nations. La Philanthropie n’était pas leur base. L’amour de la patrie mal entendu et poussé à l’excès, détruisait souvent dans ces Républiques guerrières l’amour de l’humanité en général. Les hommes ne sont pas distingués essentiellement par la différence des langues qu’ils parlent, des habits qu’ils portent, des pays qu’ils occupent, ni des dignités dont ils sont revêtus.

Je cite :

LE MONDE ENTIER N’EST QU’UNE GRANDE RÉPUBLIQUE, DONT CHAQUE NATION
EST UNE FAMILLE, ET CHAQUE PARTICULIER UN ENFANT. C’est pour faire revivre et répandre ces anciennes maximes prises dans la nature de l’homme, que notre Société fut établie.
Nous voulons réunir des hommes d’un esprit éclairé et d’une humeur agréable, non seulement par l’amour des beaux-arts, mais encore plus par les grands principes de vertu, où l’intérêt de la confraternité devient celui du genre humain entier, où toutes les Nations peuvent puiser des connaissances solides, et où tous les sujets des différents Royaumes peuvent conspirer sans jalousie, vivre sans discorde, et se chérir mutuellement sans renoncer à leur Patrie. Nos Ancêtres, les Croisés, rassemblés de toutes les parties de la Chrétienté dans la Terre Sainte, voulurent réunir ainsi dans une seule confraternité les sujets de toutes les Nations. Quelle obligation n’a-t-on pas à ces Hommes supérieurs qui, sans intérêt grossier, sans écouter l’envie naturelle de dominer, ont imaginé un établissement dont le but unique est la réunion des esprits et des coeurs, pour les rendre meilleurs, et former dans la suite des temps une nation spirituelle où, sans déroger aux devoirs que la différence des états exige, on créera un peuple nouveau qui, en tenant de plusieurs nations, les cimentera toutes en quelque sorte par les liens de la vertu et de la science.

Reprenons le paragraphe 2,

2. LA SAINE MORALE.

Je cite :

La saine Morale est la seconde disposition requise dans notre société. Les ordres Religieux furent établis pour rendre les hommes chrétiens parfaits ; les ordres militaires, pour inspirer l’amour de la belle gloire ; l’Ordre des Free Maçons fut institué pour former des hommes et des hommes aimables, des bons citoyens et des bons sujets, inviolables dans leurs promesses, fidèles adorateurs du Dieu de l’Amitié, plus amateurs de la vertu que des récompenses.

Polliciti servare fidem,
sanctumque vereri.
Numen amicitiae,
mores, non
munera amarare.

Ce n’est pas que nous nous bornions aux vertus purement civiles. Nous avons parmi nous trois espèces de confrères, des Novices ou des Apprentis, des Compagnons ou des Profès, des Maîtres ou des Parfaits. Nous expliquons aux premiers les vertus morales et philanthropes, aux seconds, les vertus héroïques ; aux derniers les vertus surhumaines et divines. De sorte que notre institut renferme toute la Philosophie des sentiments, et toute la théologie du coeur. C’est pourquoi un de nos vénérables Confrères dit dans une Ode pleine d’enthousiasme :

Free Maçons, Illustre grand Maître,
Recevez mes premiers transports,
Dans mon coeur l’ordre les fait naître ;
Heureux ! si de nobles efforts
Me font mériter votre estime,
M’élèvent à ce vrai sublime,
A la première vérité,
A l’essence pure et divine,
De l’âme céleste origine,
Source de vie et de clarté.

Comme une Philosophie sévère, sauvage, triste et misanthrope dégoûte les hommes de la vertu, nos Ancêtres, les Croisés, voulurent la rendre aimable par l’attrait des plaisirs innocents, d’une musique agréable, d’une joie pure, et d’une gaieté raisonnable. Nos sentiments ne sont pas ce que le monde profane et l’ignorant vulgaire s’imaginent. Tous les vices du coeur et de l’esprit en sont bannis, et l’irréligion et le libertinage, l’incrédulité et la débauche. C’est dans cet esprit qu’un de nos Poètes dit :
Nous suivons aujourd’hui des sentiers peu battus,nous cherchons à bâtir, et tous nos édifices sont ou des cachots pour les vices,ou des temples pour les vertus.

Nos repas ressemblent à ces vertueux soupers d’Horace, où l’on s’entretenait de tout ce qui pouvait éclairer l’esprit, perfectionner le coeur, et inspirer le goût du vrai, du bon et du beau :

O ! noctes, coenaeque Deum…
Sermo oritur non de regnis domibusque alienis ;
sed quod magis ad nos
Pertinet, et nescire malum est, agitamus ; utrumne
Divitis homines, an sint virtute beati ;
Quidve ad amicitias usus rectumve trahat nos,
Et quae sit natura boni, summumque quid ejus.

Ici l’amour de tous les désirs se fortifie. Nous bannissons de nos Loges toute dispute, qui pourrait surgir de passions discordantes. Les obligations que l’ordre vous impose, sont de protéger vos Confrères par votre autorité, de les éclairer par vos lumières, de les édifier par vos vertus, de les secourir dans leurs besoins, de sacrifier tout ressentiment personnel, et de rechercher tout ce qui peut contribuer à la paix, à la concorde et à l’union de la Société.

Que définit t’il dans ce paragraphe ?

Reprenons,

3. LE SECRET.
Je cite :

Nous avons des secrets ; ce sont des signes figuratifs et des paroles sacrées, qui composent un langage tantôt muet et tantôt très éloquent, pour le communiquer à la plus grande distance, et pour reconnaître nos Confrères de quelque langue ou quelque pays qu’ils soient. C’était, selon les apparences, des mots de guerre que les croisés se donnaient les uns aux autres, pour se garantir des surprises des Sarrasins, qui se glissaient souvent déguisés parmi eux pour les trahir et les assassiner. Ces signes et ces paroles rappellent le souvenir ou de quelque partie de notre science ou de quelque vertu morale, ou de quelque mystère de la foi. Il est arrivé chez nous, ce qui n’est guère arrivé dans aucune autre société. Nos loges sont établies et se répandent aujourd’hui dans toutes les nations policées, et cependant dans une si nombreuse multitude d’hommes, jamais aucun Confrère n’a trahi nos secrets. Les esprits les plus légers, les plus indiscrets et les moins instruits à se taire, apprennent cette grande science dès qu’ils entrent dans notre société. Tant l’idée de l’Union fraternelle a d’empire sur les esprits. Ce secret inviolable contribue puissamment à lier les sujets de toutes les Nations, et à rendre la communication des bienfaits facile et mutuelle entre eux. Nous en avons plusieurs exemples dans les annales de notre Ordre, nos Confrères qui voyageaient dans les différents pays de l’Europe, s’étant trouvés dans le besoin, se sont fait connaître à nos loges, et aussitôt ils ont été comblés de tous les secours nécessaires. Dans le temps même des guerres les plus sanglantes, des illustres prisonniers ont trouvé des frères où ils ne croyaient trouver que des ennemis. Si quelqu’un manquait aux promesses solennelles qui nous lient, vous savez, Messieurs, que les plus grandes peines sont les remords de sa conscience, la honte de sa perfidie, et l’exclusion
de notre Société, selon ces belles paroles d’Horace :

Il nous propose, une définition qui va perdurer,

Est et fideli tuta silentio
Merces ; vetabo qui Cereris sacrum
Vulgarit arcanae, sub isdem
Sit tragibus, fragilemque mecum
Solvat phaselum ;…

Je cite :

Oui, Messieurs, les fameuses fêtes de Cérès à Eleusis dont parle Horace aussi bien que celles d’Isis en Égypte, de Minerve à Athènes, d’Uranie chez les Phéniciens, et de Diane en Scythie avaient quelque rapport à nos solennités. On y célébrait les mystères où se trouvaient plusieurs vestiges de l’ancienne religion de Noé et des patriarches ; ensuite on finissait par les repas et les libations, mais,sans les excès, les débauches et l’intempérance où les Païens tombèrent peu à peu. La source de toutes ces infamies fut l’admission des personnes de l’un et de l’autre sexe aux assemblées nocturnes contre la primitive institution. C’est pour prévenir de semblables abus que les femmes sont exclues de notre Ordre, ce n’est pas que nous soyons assez injustes pour regarder le sexe comme incapable de secret, mais c’est, parce que sa présence pourrait altérer insensiblement la pureté de nos maximes et de nos moeurs :

Si le sexe est banni, qu’il n’en ait point d’alarmes,
ce n’est point un outrage à sa fidélité ;
Mais on craint que l’amour entrant avec ses charmes,
ne produise l’oubli de la fraternité,
noms de frère et d’ami seraient de faibles armes


4. LE GOÛT DES SCIENCES ET DES ARTS LIBÉRAUX.
Je cite :

La quatrième qualité requise pour entrer dans notre Ordre est le goût des sciences utiles, et des arts libéraux de toutes les espèces ; ainsi l’ordre exige de chacun de vous, de contribuer par sa protection, par sa libéralité, ou par son travail à un vaste Ouvrage auquel nulle Académie, et nulle Université ne peuvent suffire, parce que toutes les Sociétés particulières étant composées d’un très petit nombre d’hommes, leur travail ne peut embrasser un objet aussi immense. Tous les Grands Maîtres en France, en Allemagne, en Angleterre, en Italie et par toute l’Europe, exhortent tous les savants et tous les Artistes de la Confraternité, de s’unir pour fournir les matériaux d’un Dictionnaire universel de tous les Arts Libéraux et de toutes les sciences utiles, la Théologie et la Politique seules exceptées. On a déjà commencé l’ouvrage à Londres ; mais par la réunion de nos confrères on pourra le porter à sa perfection en peu d’années. On y expliquera non seulement le mot technique et son étymologie, mais on donnera encore l’histoire de la science et de l’Art, ses grands principes et la manière d’y travailler. De cette façon on réunira les lumières de toutes les nations dans un seul ouvrage, qui sera comme un magasin général, et une Bibliothèque universelle de tout ce qu’il y a de beau, de grand, de lumineux, de solide et d’utile dans toutes les sciences naturelles et dans tous les arts nobles. Cet ouvrage augmentera chaque siècle, selon l’augmentation des lumières ; c’est ainsi qu’on répandra une noble émulation avec le goût des belles-lettres et des beaux Arts dans toute l’Europe.

DEUXIEME PARTIE. « l’origine et l’histoire de l’Ordre ». ou la mise en place du mythe…
5. ORIGINE ET HISTOIRE DE L’ORDRE LA LÉGENDE ET L’HISTOIRE.
6. INSTITUTION DE L’ORDRE PAR LES CROISÉS.
7. PASSAGE DE L’ORDRE DE LA TERRE SAINTE EN EUROPE.
DES CROISADES A LA RÉFORME DÉGÉNÉRESCENCE DE L’ORDRE.
8. CONCLUSION
9. RÉGÉNÉRATION ET AVENIR DE L’ORDRE EN FRANCE

Il approche maintenant dans son discours, la thématique historique, pour la construction de nos légendes,

5. ORIGINE ET HISTOIRE DE L’ORDRE LA LÉGENDE ET L’HISTOIRE.
Je cite :

Chaque famille, chaque République, et chaque Empire dont l’origine est perdue dans une antiquité obscure, a sa fable et a sa vérité, sa légende et son histoire, sa fiction et sa réalité. Quelques-uns font remonter notre institution jusqu’au temps de Salomon, de Moïse, des Patriarches, de Noé même. Quelques autres prétendent que notre fondateur fut Énoch, le petit-fils du Protoplaste, qui bâtit la première ville et l’appela de son nom. Je passe rapidement sur cette origine fabuleuse, pour venir à notre véritable histoire. Voici donc ce que j’ai pu recueillir dans les très anciennes Annales de l’Histoire de la Grande-Bretagne, dans les actes du Parlement d’Angleterre, qui parlent souvent de nos privilèges, et dans la tradition vivante de la Nation Britannique, qui a été le centre et le siège de notre Confraternité depuis l’onzième siècle.

Et il continue avec le chapitre suivant en apothéose généalogique et mystique,….

6. INSTITUTION DE L’ORDRE PAR LES CROISÉS.
Je cite :

Du temps des guerres saintes dans la Palestine, plusieurs Princes, Seigneurs et Citoyens entrèrent en Société, firent voeu de rétablir les temples des Chrétiens dans la Terre Sainte, et s’engagèrent par serment à employer leurs talents et leurs biens pour ramener l’Architecture à primitive institution. Ils convinrent de plusieurs signes anciens, de mots symboliques tirés du fond de la religion, pour se distinguer des Infidèles, et se reconnaître d’avec les Sarrasins. On ne communiquait ces signes et ces paroles qu’à ceux qui promettaient solennellement et souvent même aux pieds des Autels de ne jamais les révéler. Cette promesse n’était donc plus un serment exécrable, comme on le débite, mais un lien respectable pour unir les hommes de toutes les Nations dans une même confraternité. Quelques temps après, notre Ordre s’unit intimement avec les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem. Dès lors et depuis nos Loges portèrent le nom de

Loges de Saint Jean dans tous les pays. Cette union se fit en imitation des Israélites, lorsqu’ils rebâtirent le second Temple, pendant qu’ils maniaient d’une main la truelle et le mortier, ils portaient de l’autre l’Épée et le Bouclier. Notre Ordre par conséquent, ne doit pas être regardé comme un renouvellement de bacchanales, et une source de folle dissipation de libertinage effréné, et d'intempérance scandaleuse, mais comme un ordre moral, institué par nos Ancêtres dans la Terre sainte pour rappeler le souvenir des vérités les plus sublimes, au milieu des innocents plaisirs de la Société.

7. PASSAGE DE L’ORDRE DE LA TERRE SAINTE EN EUROPE.
Je cite :

Les Rois, les Princes et les Seigneurs, en revenant de la Palestine dans leurs pays, y établirent des Loges différentes. Du temps des dernières Croisades on voit déjà plusieurs Loges érigées en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et de là en Écosse, à cause de l’intime alliance qu’il y eut alors entre ces deux Nations. Jacques Lord Steward d’Écosse fut Grand Maître d’une Loge établie à Kilwinning dans l’Ouest d’Écosse en l’an 1286, peu de temps après la mort d’Alexandre III Roi d’Écosse, et un an avant que Jean Baliol montât sur le Trône. Ce Seigneur Écossais reçut Free Maçons dans sa Loge les Comtes de Glocester et d’Ulster, Seigneurs Anglais et Irlandais. Peu à peu nos Loges, nos fêtes et nos solennités furent négligées dans la plupart des pays où elles avaient été établies. De-là vient le silence des Historiens de presque tous les Royaumes sur notre Ordre, hors ceux de la Grande- Bretagne. Elles se conservèrent néanmoins dans toute leur sacrée personne. splendeur parmi les Écossais, à qui nos Rois confièrent pendant plusieurs siècles la garde de leur sacrée personne.

8. DES CROISADES A LA RÉFORME DÉGÉNÉRESCENCE DE L’ORDRE.
Je cite :

Après les déplorables traverses des Croisades, le dépérissement des Armées Chrétiennes et le triomphe de Bendocdar Soudan d’Égypte, pendant la huitième et dernière Croisade, le Fils d’Henry III Roi d’Angleterre, le grand prince Édouard voyant qu’il n’avait plus de sûreté pour ses confrères dans la Terre sainte, quand les troupes Chrétiennes s’en retiraient, les ramena tous, et cette Colonie de frères s’établit ainsi en Angleterre. Comme ce Prince était doué de toutes les qualités du coeur et de l’esprit qui forment les Héros, il aima les beaux Arts, se déclara protecteur de notre Ordre, lui accorda plusieurs privilèges et franchises, et dès lors les membres de cette Confraternité prirent le nom de Francs- Maçons. Depuis ce temps la Grande-Bretagne devint le siège de notre science, conservatrice de nos lois, et la dépositaire de nos secrets. Les fatales discordes de religion qui embrasèrent et déchirèrent l’Europe dans le seizième siècle, firent dégénérer notre ordre de la grandeur et de la noblesse de son origine. On changea, on déguisa, ou l’on retrancha plusieurs de nos rites et usages qui étaient contraires aux préjugés du temps.

CONCLUSION

9. RÉGÉNÉRATION ET AVENIR DE L’ORDRE EN France
Je cite :

C’est ainsi que plusieurs de nos confrères oublièrent l’esprit de nos lois, et n’en conservèrent que la lettre et l’écorce, notre grand maître, dont les qualités respectables surpassent encore la naissance distinguée, veut que l’on rappelle tout à sa première institution, dans un Pays où la religion et l’état ne peuvent que favoriser nos Lois. Des Isles Britanniques, l’antique science commence à repasser dans la France sous le règne du plus aimable des Rois, dont l’humanité fait l’âme de toutes les vertus, sous le ministère d’un Mentor qui a réalisé tout ce qu’on avait imaginé de plus fabuleux. Dans ces temps heureux où l’amour de la Paix est devenu la vertu des Héros, la nation la plus spirituelle de l’Europe deviendra le centre de l’Ordre ; elle répandra sur nos Ouvrages, nos Statuts et nos moeurs, les grâces, la délicatesse et le bon goût, qualités essentielles dans un Ordre, dont la base est la sagesse, la force et la beauté du génie. C’est dans nos Loges à l’avenir, comme dans des Écoles publiques, que les Français verront, sans voyager, les caractères de toutes les Nations, et c’est dans ces mêmes Loges que les Étrangers apprendront par expériences, que la France est la vraie Patrie de tous les Peuples.

Dans les deux textes, Ramsay explique et justifie les mystères, l’usage des signes et des symboles et les rattache aux mystères égyptiens et grecs.
Le premier Discours de 1736, plus traditionaliste, plus religieux, fait ressortir avec force une idée maîtresse de Ramsay : la Maçonnerie n’est que la résurrection de la religion noachique, celle du patriarche Noé, religion universelle et antérieure à tout dogme ; elle permettait de dépasser les oppositions de confessions et les différences. Sa présence s’impose après les vaines luttes théologiques dans lesquelles les Eglises chrétiennes se sont enfermées depuis la Réforme. Le texte de 1737 invitait les Maçon, avec le projet du Dictionnaire, à une tâche intellectuelle et civilisatrice qui dépassait leurs intentions et leurs forces.
Ce discours donne ainsi une idée juste des buts de la maçonnerie tels qu’on les concevait en France à l’époque : « former des hommes, les unir par la théologie du cœur en une seule nation spirituelle, travailler au progrès des sciences utiles et des arts libéraux ». On y trouve l’influence de Fénelon, on y trouve le projet de l’Encyclopédie (1751-1772 en France, 1768-1771 en Ecosse)…
Ramsay, dans ce texte ne parle que des trois grades de la Maçonnerie symbolique, dite bleue, mais il retrace pour son ami d’Avignon la légende et l’histoire de l’Ordre : « … Jean, Lord Stuart ou Grand Maître de la Maison du Roi d’Ecosse, amena notre science de la Terre Sainte en 1286 et établit une Loge à Kilwin en Ecosse… Depuis ce temps l’antique royaume et l’intime allié de la France a été le dépositaire de nos secrets, le centre de l’Ordre et le conservateur de nos lois ».
Or l’auditoire devant lequel Ramsay devait prononcer la deuxième version n’était plus du tout le même. Ce n’était plus l’auditoire d’outre-manche imprégné de la philosophie de Francis Bacon et des Constitutions d’Anderson de 1723 ; c’était une « Assemblée Générale de l’Ordre » en France, autrement dit un auditoire composé d’une écrasante majorité de frères peu au fait de la Tradition des Anciens Devoirs..

Il s’adresse donc à un public qu’il faut conquérir et, pédagogue, Ramsay a pensé qu’il fallait proposer un programme plus intellectuel à l’aristocratie qu’il s’agissait de ramener dans les filets qu’il venait de lancer. Si cette espérance, comme nous l’avons vu, ne fut point réalisée, le Discours connut une réelle fortune et dut souvent tirer d’embarras les orateurs des Loges. C’est en quelque sorte l’Evangile de la Maçonnerie, son Nouveau Testament (par delà les Anciens et au-delà des Moderns), dont les Constitutions d’Anderson et de Desaguliers seraient la Bible…
La nouvelle société avait fait la percée dans le monde de son temps et dans l’opinion. Elle avait attiré sur elle l’attention et surtout la méfiance du pouvoir établi ; par bonheur pour elle, celui-ci était alors entre les mains d’un vieillard prudent, utilisant des méthodes obliques et cauteleuses… Comment se défaire de cette nouveauté suspecte, capable de devenir dangereuse ? C’est à quoi doit réfléchir le vieux cardinal de Fleury et il donne mission à son fidèle et dévoué lieutenant de police René Hérault, d’une orthodoxie catholique irréprochable, de trouver les moyens d’évacuer cette Société qui, de discrète, était devenue publique et avait affirmé sa force et son attrait sur les esprits.

Si Ramsay avait fait une irruption remarquée sur la scène maçonnique en 1736-1737, son éclipse avait aussitôt suivi les froncements de sourcils du vieux cardinal Hercule de Fleury, l’Eminence suprême, comme l’appelait l’écossais ! De 1737 à 1743, il n’est plus trace de l’activité maçonnique de Ramsay, mais tout un ensemble de lettres écrites par lui en 1742 instruit parfaitement de sa pensée religieuse et philosophique, et il est facile de voir se dessiner en filigrane la conception que Ramsay se faisait de la Maçonnerie et du rôle qu’il lui assignait, non pas celui de religion « avortée », mais bien de supra religion ou, pour employer sa propre expression, de « religion universelle ».
Il semble que malgré les critiques qui l’accusent d’un opportunisme outrancier, on ne peut nier les qualités de cœur et d’esprit à cet homme. Son œuvre est l’affirmation officielle d’un idéal de tolérance et un acte de joie et d’espérance dans la dignité de l’homme.
La Franc-maçonnerie était à son époque un groupement d’aristocrates qui travaillaient selon les méthodes démocratiques, Ramsay en a fait un groupe de démocrates essayant d’atteindre l’aristocratie de l’esprit et du cœur.
La place occupée par Ramsay dans l’histoire et le développement de l’Ordre maçonnique est donc de premier plan même si de durée brève, en contribuant à fixer les thèmes essentiels de la Chevalerie de l’Esprit. Au-delà de toutes les orthodoxies et de tous les clergés, il s’est voulu oecuménique et c’est en cela qu’il fut novateur.

Les rôles de protecteur, de gardien, de constructeur, de libérateur, de penseur, de transmetteur et de fédérateur joués par Ramsay en ont fait une figure clé de la maçonnerie spéculative, distincte de celle des métiers. L’importance accordée aux pouvoirs initiatiques des légendes et des mythes ouvrira désormais la voie à l’intériorisation de la quête de la Parole perdue. Le cheminement
spirituel est celui de la métamorphose, c'est-à-dire un lent processus alchimique de transformation du vieil homme en homme nouveau : l’Initié.

Bibliographie :
Marc Griphon ( planche )
Eliane Brault : Le mystère du chevalier de Ramsay (éd. du prisme 1973)
Textes fondamentaux du SCDF (R.G. éd.1999)
Encyclopédie Universalis : Le Quiétisme, Fénelon…
Jean-Pierre Bayard : Les origines de l’Ordre maçonnique (in PVI N°132, 2004)
Albert Beissier : Le Discours de Ramsay (1992)
Bernard Caussin : Le Chevalier de Ramsay (1982)
Victor Gold : La pensée de Ramsay (in PVI N° 79, 1990)
Michel Mirabail : Le Discours de Ramsay (in Ordo ab Chao N° 48 suppl., 2003)
Emmanuel LE ROY LADURIE Franc-maçonnerie : les avatars d’une société discrète
( le figaro litteraire 23.04.98 )

AUTEUR/ADRIEN/1518/GLDF





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